Escapade en Baie de Somme
Episode 10 : Le dîner
J’ai la suprise de découvrir que la foule s’est densifiée. Beaucoup de vélos, plus de voitures aussi. Mais toujours dans la limite du tolérable. Je me dirige d’un pas décidé vers le port. Quel spectacle ! la mer est “remontée”. Ce n’est plus du tout le même paysage. Je descends vite sur la plage, beaucoup de promeneurs qui déambulent paisiblement sur le rivage. J’enlève mes tongs, roule le bas de mon jean et je trempe mes pieds, puis mes jambes dans les vaguelettes qui viennent lécher le sable fin. Je marche ainsi longtemps, hors du temps, hors de tout.
Mais le corps semble ignorer le voyage de l’esprit. Mon estomac me ramène à terre sans ménagement et crie famine. Je décide donc de le calmer pour avoir la paix et dirige mes pas vers les restaurants du port. C’est incroyable ! la queue partout. Ma première idée c’est d’y renoncer, mais mon estomac proteste, s’indigne et m’intime l’ordre de faire des efforts. D’accord, j’obéis en m’alignant derrière un couple de belges de l’âge de la retraite et patiente jusqu’à mon tour :
- vous êtes combien ?
- je suis seule.
Le visage de la dame en tablier exprimait un mélange d’indignation, de surprise, et beaucoup de contrariété. Il était visible qu’elle se retenait pour ne pas me virer. Entretemps j’ai répéré une table pour deux, et avant qu’elle ne m’envoie dîner sur un coin de fourneau dans la cuisine, je passe devant elle et m’installe sans autre forme de procès. Elle m’a suivi, me tend le menu sans rien dire, et toujours en silence retire le deuxième couvert. Plus détendue, je regarde autour de moi. Je suis la seule “personne seule” de tout le restaurant. Evidemment que j’éveille la curiosité de certains convives, des regards en biais ou franchement directs, mais non hostiles.
Vrai de vrai, je ne suis pas parano. Cette expérience, je l’ai renouvelée, dans des restaurants différents, le lendemain. Dès que j’annonce que je suis seule, le visage des restaurateurs du Crotoy se ferment et ils me relèguent si possible dans les coins les plus obscurs comme s’ils voulaient me “cacher”. A chaque fois, je dois “batailler” pour avoir “ma place au soleil” comme tout le monde. Sans compter ceux qui n’hésite pas à me refouler prétexant le manque de place, et en acceptant un couple derrière moi. Il y a toutefois un restaurateur qui ne semble pas se formaliser de ma solitude. Bref il se comporte normalement, ou pour le dire autrement, me considère comme “normale”, que cela m’a surprise. Il va sans dire que je lui suis restée fidèle par la suite.
Mais pour l’heure, la serveuse vient chercher ma commande :
- le menu avec les crevettes grises et des moules frites s’il vous plaît.
- et comme boisson ?
allons soyons fous dis-je à moi-même. (J’aurai pu écrire”me dis-je” mais c’est pour simuler que je ne suis pas seule afin de tromper la serveuse).
- et une bière s’il vous plaît.
La soirée s’annonce belle et douce.
Suite : à venir


