Escapade en Baie de Somme

Episode 1 : Partir seule

Je ne m’étendrais pas sur les raisons pour lesquelles je me retrouve seule sur ce quai de la Gare du Nord. Mais j’y suis seule et j’attends que le tableau des départs affiche le numero de quai de mon train. Ma place est réservée jusqu’à Noyelles sur Mer. Je ne peux rien dire sur cette ville, ou ce village, je n’y suis jamais allé. Je sais par contre que je dois y prendre un train de l’ancien temps, pour rejoindre ma destination finale : le Crotoy que je ne connais pas non plus, mais une chambre d’hôte m’y attend.

La baie de somme. Un ami qui connaissait mon intérêt pour les oiseaux me l’a recommandée. Ne vous emballez pas, je ne suis pas ornithologue, mais j’aime observer les oiseaux, mettre un nom sur ce que je vois et ce que j’entends. Je me suis donc documenté sur la région. J’avais quelques choix de point de chute, j’ai hésité entre St Valery et le Crotoy, ces deux villes ont un point commun, accès plus facile – et encore cela dépend des saisons – quand on vient sans voiture, puis finalement j’ai opté sur le Crotoy.

Mes yeux, indépendants de mes pensées, accrochent le numéro de quai, je saisis ma sacoche, composte mon billet et me dirige vers mon train. Ce compostage m’a fait brusquement revenir quelques mois en arrière. Nous étions à Bruxelles, ma nièce et moi, et au retour, à la gare nous nous étions dit que pour ne pas oublier, nous devrions composter tout de suite nos billets. Nous avions arpenté la gare centrale, de long en large, nous avions été dans les coins les plus obscurs à la recherche de la fameuse borne de compostage. Rien. Les gens auprès de qui on se renseignait étaient évasifs, et n’en savaient rien en vérité. Le haut parleur annonçait notre train. Nous étions un brin paniquées. Finalement nous décidâmes d’embarquer et advienne que pourra, on expliquera au contrôleur en espérant qu’il comprenne. Sur le quai, nous tombâme sur lui , après nous avoir écouté il se mit à rire en disant “mesdames, à Bruxelles on ne composte pas”.

Le trajet jusqu’à Noyelle, devrait durer 2 h, je m’installe donc confortablement. J’hésite entre dormir, lire ou regarder le paysage. Ma voisine, elle, savait ce qu’elle voulait. Dans le même mouvement fluide, elle s’assoit, sort son portable de sa sacoche, enfiche des écouteurs dans ses oreilles et à peine les fesses installées, ses doigts tapotent déjà sur son clavier. Fascinant. Et la voilà partie avec “le journal de Bridget Jones”. Je regarde sa destination sur les fiches de reservations au-dessus des sièges : elle va jusqu’à Rue, le terminus du train. Moi je descends à la gare d’avant. Je ferme les yeux. Je me réveille à Abbeville. Je ne vais pas tarder à arriver je pense. Ma voisine copie des documents sur un traitement de texte. Se voulant être discrète, je me tourne vers la fenêtre et regarde le paysage défiler. J’ai un léger sursaut quand le haut parleur annonce Noyelles sur Mer.

suite : Noyelles sur mer

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